30° Degrés Magazine - Première au Cerro Kishtwar

Première au Cerro Kishtwar
La grandeur de Har-Har Mahadev

Texte: 30° Degrés Magazine: Claude Hervé-Bazin | Photo: Thomas Senf | Parution: juin 2018

Le 14 octobre 2017, le sommet du géant de granite himalayen a été conquis pour la quatrième fois de l’histoire. A la manœuvre : les alpinistes suisses Stephan Siegrist et Julian Zanker, accompagnés de l’Allemand Thomas Huber. C’est une voie inédite, spectaculaire, griffant le mur nord-ouest, qu’ils ont choisie. Devant eux : une face inviolée très homogène de 1000 m, partiellement en dévers.

Cerro Kishtwar : un sommet qui se fait désirer. En 1992, deux Britanniques, Andy Perkins et Brendan Murphy, s’attaquent au mur du Cerro Kishtwar. Dix-sept jours plus tard, épuisés, ils sont contraints à l’abandon 100 m tout juste en contrebas du sommet. Ce sont deux de leurs compatriotes, Mick Fowler et Steve Sustad qui, l’année suivante, accrochent le Cerro à la longue liste des pics enfin conquis. Une escalade en mixte, additionnant l’ascension d’une cascade de glace dans la partie gauche du mur jusqu’à une brèche située à 5’600 m, puis une ligne terminale par le flanc est de la montagne, un peu moins raide.
Les années passent, sans qu’aucune autre expé­dition ne puisse s’approcher du Cerro Kishtwar. La région, proche du Pakistan, dans une zone en proie aux troubles frontaliers, est interdite. En 2010, l’accès est enfin réautorisé. Stephan Siegrist – déjà lui –, Denis Burdet et l’Autrichien David Lama sont les premiers à se présenter, pour une ascension 100 % en style alpin. Un succès, assuré en deux jours seulement, grâce à une coulée de glace courant sur le versant nord-ouest ! Le mur qui s’étale à ses pieds s’imprime alors dans l’esprit de Stephan : il lui faudra revenir un jour, il en est alors déjà certain. L’attrait du Cachemire est unique : « à l’incroyable beauté des montagnes fait écho la virginité de nombreux sommets, dans une zone où alpinistes et touristes restent rares. »
En 2015, le défunt Hayden Kennedy (USA), le Français Manu Pellisier et les Slovènes Marko Prezelj et Urban Novak leur succèdent, en déflorant cette fois la face orientale du Cerro Kishtwar – une ascension, elle aussi en style alpin, qui leur vaut un Piolet d’Or.

Siegrist, Huber et Zanker au ­Cerro Kishtwar
Le soleil règne lorsque l’équipe atteint le camp de base, le 13 septembre. Pas le temps de souffler : le camp avancé est installé dès le 18, à 5’050 m. Après les nécessaires allers et retours avec le matériel, l’ascension débute le 1er octobre. Le camp 1, baptisé Snowledge, est établi à 5'450 m, au pied même du mur de granite. « Un défi ahurissant » se souvient Thomas Huber, plus habitué aux sommets du Karakorum. « La face, en partie en surplomb, se dresse de 1000 m dans le ciel cachemiri, livrant au premier regard un rocher follement compact, une perspective unique. Jumelles aidant, nous avons pourtant réussi à repérer d’étroites fissures, sans doute négociables avec coinceurs et crochets. »
L’équipe, optimiste, s’est donnée cinq jours pour venir à bout de la voie désirée. Mais après trois jours d'efforts, la première tentative doit être abandonnée à la septième longueur : les trois hommes, qui ont légèrement surestimé leur vitesse de progression, n’ont emporté que six jours de vivres. Insuffisant. D’autant que ­Stephan Siegrist souffre d’une tendinite qui a fait gonfler sa main gauche. (...)

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